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Les années 1950

La tradition documentaire se poursuit pendant cette décennie, mais une nouvelle génération de cinéastes apparaît.

Le film de fiction belge prend de l'importance après la Seconde Guerre mondiale. Émile-Georges De Meyst, revenu de Paris en 1936 pour tourner la Mort, réalise en 1944 et 1945 trois films patriotiques qui remportent un grand succès : Soldats sans uniformes, Baraque N°1 et Forçats d'honneur. Le paysage cinématographique belge est alors constitué de figures telles que Gaston Ariën en Flandre, René Piccolo en Wallonie, le Bruxellois Paul Flon, Henri Storck (le Banquet des fraudeurs, 1952) ou encore Gaston Schoukens, qui remporte un succès considérable avec Un soir de joie (1955).

Le film de fiction le plus marquant de cette époque est Les mouettes meurent au port (1955), coréalisé par trois jeunes cinéastes d'Anvers, Rik Kuypers, Ivo Michiels et Roland Verhavert. L'utilisation du noir et blanc, les décors urbains, les errances sans espoir d'un héros tourmenté et les tensions d'un canevas policier peuvent sans doute se rattacher à une esthétique expressionniste, mais on[1] évoque aussi à son propos quelques films européens (Le Troisième Homme, Jeux interdits) ou américains (Sur les quais) plus proches dans le temps.

À la fin des années 1950, Paul Meyer réalise Klinkaart et déjà s'envole la fleur maigre, des fictions sociales, aux limites du documentaire, influencées par le néoréalisme.

Avec Rubens, réalisé avec Storck en 1948, l'historien de la peinture Paul Haesaerts renouvelle le film d'art en mettant au service de l'étude comparative les mouvements de caméra, les animations et la fragmentation de l'écran, tout en conservant le foisonnement et la sensualité du peintre. Pendant les années 1950 il tourne une série de films pour la télévision.

Ethnologue érudit, Luc de Heusch tourne en 1951, sous un nom d'emprunt, dans une maison abandonnée d'Anderlecht, le seul film du mouvement CoBrA : le court métrage expérimental Perséphone. Il part ensuite en mission scientifique au Congo d'où il rapporte deux oeuvres, un petit film en couleurs, Ruanda, tableaux d'une féodalité pastorale, et surtout Fête chez les Hamba (1955), un long métrage en noir et blanc qui a nécessité de sa part une véritable initiation au sein de cette tribu. Dès lors Luc de Heusch deviendra — comme Henri Storck et, dans une moindre mesure, Charles Dekeukeleire — un cinéaste documentariste ethnologue presque officiel. On évoque souvent à son sujet Flaherty, et surtout son contemporain Jean Rouch.

Lucien Deroisy et Émile Degelin réalisent leur premier long métrage de fiction pendant cette période, le premier avec une adaptation des Gommes, le roman de Robbe-Grillet (1959) et le second avec Si le vent te fait peur (1960), un sujet audacieux pour l'époque (la tentation de l'inceste entre un frère et une soeur), pas si éloigné de la Nouvelle Vague française, un film auquel le Festival de Cannes décerne une mention d'honneur. Comme dans d'autres pays, une page du cinéma national est sur le point de se tourner.

Notes
1 ↑ Article d'Olivier Smolders, « Cinéma et surréalisme en Belgique »
# Posté le lundi 12 février 2007 07:44
Modifié le mardi 18 décembre 2007 06:29

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