Grâce à ces financements publics les films ont de meilleures chances de voir le jour et une émulation apparaît[2]. Ce n'était pas l'avis du cinéaste Edmond Bernhard qui a déclaré : Il y avait là une dame qui exigeait à tout prix de moi un scénario. Je tourne toujours sans scénario... Ils me mettaient plus ou moins au pinacle à cette époque et ils ne voulaient pas me donner du fric. Ils voulaient le donner à une " structure ", qui serait moi sans être moi.
Par-delà une réelle opposition conduisant à l'affirmation de deux entités cinématographiques indépendantes, la veine fantastique semble s'affirmer en tant que genre, notamment privilégiée par Harry Kümel (les Lèvres rouges, 1970) — représentant du « réalisme magique » —, André Cavens (Michaella, 1968), Roland Verhavert (Chronique d'une passion, 1972) ainsi que Raoul Servais, auteur de films d'animation d'inspiration surréaliste (Pegasus, 1973).
Plusieurs cinéastes flamands de cette nouvelle génération, André Delvaux (L'Homme au crâne rasé), Roland Verhavert (Pallieter), Hugo Claus (Les Ennemis) et Harry Kümel (Les Lèvres rouges et Malpertuis) se distinguent aux manifestations cinématographiques internationales.
Du côté francophone, Benoît Lamy réussit dans la comédie grand public (Home sweet Home). Mais c'est Chantal Akerman qui créera l'événement en 1975 avec l'hyperréaliste Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles, sommet de son travail de synthèse entre l'énergie de Godard et le formalisme des cinéastes expérimentaux nord-américains.
En réaction à l'académisme tiède, des cinéastes moins conventionnels apparaissent. S'ils ne reçoivent pas ou peu d'aides publiques, leurs ½uvres sont acclamées à l'étranger : Marcel Mariën, Edmond Bernhard, Roland Lethem, Noël Godin, Thierry Zéno, Jean-Marie Buchet, Boris Lehman, Picha, Jan Bucquoy, etc.
Pays de la bande dessinée, la Belgique produit également de nombreux dessins animés qui en exploitent les héros les plus célèbres : les Douze travaux d'Astérix (Albert Uderzo et René Goscinny, 1976) et Tintin et le temple du Soleil (Raymond Leblanc, 1969), tous deux réalisés aux Studios Belvision. Les créations du dessinateur Jean-Paul Picha connaissent, quelques années plus tard, un très large succès (Tarzoon, la honte de la jungle, 1974 ; le Chaînon manquant, 1980 ; le Big Bang, 1986).
Notes
1 ↑ Portail fédéral belge
2 ↑ Voir texte de Jean-Claude Batz, L'Audiovisuel européen : un enjeu de civilisation ?.


