Les années 1960 et 70

Les années 1960 et 70
Le plus important des réalisateurs belges des années 1960 est André Delvaux, qui débute sa carrière de réalisateur de longs métrages en 1966 et travaille aussi bien en flamand qu'en français (Un soir, un train) ; il figure en outre parmi les premiers à évoquer, voire remettre en cause, la dichotomie entre les communautés flamande et francophone. À la faveur de fortes revendications exprimées par certains cinéastes dès le début des années 1950, la production cinématographique belge obtient un véritable soutien de l'État au cours de la décennie suivante : la communauté flamande est la première à en bénéficier par l'entremise d'un arrêté royal datant de 1964, suivi par une mesure identique en faveur des francophones en 1967. Soutenu de façon officielle par l'État, le cinéma belge se conjugue cependant désormais au pluriel, « écartelé » entre deux identités culturelles et linguistiques distinctes.

Grâce à ces financements publics les films ont de meilleures chances de voir le jour et une émulation apparaît[2]. Ce n'était pas l'avis du cinéaste Edmond Bernhard qui a déclaré : Il y avait là une dame qui exigeait à tout prix de moi un scénario. Je tourne toujours sans scénario... Ils me mettaient plus ou moins au pinacle à cette époque et ils ne voulaient pas me donner du fric. Ils voulaient le donner à une " structure ", qui serait moi sans être moi.
Par-delà une réelle opposition conduisant à l'affirmation de deux entités cinématographiques indépendantes, la veine fantastique semble s'affirmer en tant que genre, notamment privilégiée par Harry Kümel (les Lèvres rouges, 1970) — représentant du « réalisme magique » —, André Cavens (Michaella, 1968), Roland Verhavert (Chronique d'une passion, 1972) ainsi que Raoul Servais, auteur de films d'animation d'inspiration surréaliste (Pegasus, 1973).

Plusieurs cinéastes flamands de cette nouvelle génération, André Delvaux (L'Homme au crâne rasé), Roland Verhavert (Pallieter), Hugo Claus (Les Ennemis) et Harry Kümel (Les Lèvres rouges et Malpertuis) se distinguent aux manifestations cinématographiques internationales.

Du côté francophone, Benoît Lamy réussit dans la comédie grand public (Home sweet Home). Mais c'est Chantal Akerman qui créera l'événement en 1975 avec l'hyperréaliste Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles, sommet de son travail de synthèse entre l'énergie de Godard et le formalisme des cinéastes expérimentaux nord-américains.

En réaction à l'académisme tiède, des cinéastes moins conventionnels apparaissent. S'ils ne reçoivent pas ou peu d'aides publiques, leurs ½uvres sont acclamées à l'étranger : Marcel Mariën, Edmond Bernhard, Roland Lethem, Noël Godin, Thierry Zéno, Jean-Marie Buchet, Boris Lehman, Picha, Jan Bucquoy, etc.


Pays de la bande dessinée, la Belgique produit également de nombreux dessins animés qui en exploitent les héros les plus célèbres : les Douze travaux d'Astérix (Albert Uderzo et René Goscinny, 1976) et Tintin et le temple du Soleil (Raymond Leblanc, 1969), tous deux réalisés aux Studios Belvision. Les créations du dessinateur Jean-Paul Picha connaissent, quelques années plus tard, un très large succès (Tarzoon, la honte de la jungle, 1974 ; le Chaînon manquant, 1980 ; le Big Bang, 1986).

Notes
1 ↑ Portail fédéral belge
2 ↑ Voir texte de Jean-Claude Batz, L'Audiovisuel européen : un enjeu de civilisation ?.
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# Posté le lundi 12 février 2007 09:57
Modifié le mardi 18 décembre 2007 06:12

Le succès auprès du grand public - Depuis les années 1980

Le succès auprès du grand public - Depuis les années 1980
Les cinéastes belges qui émergent dans les années 1980 — flamands ou francophones — sont souvent issus du documentaire ou du cinéma militant. C'est le cas de Robbe De Hert ou encore de Jean-Jacques Andrien (Australia, 1988). Certains sont victimes de la censure, comme Paul Meyer pour Déjà s'envole la fleur maigre (1960), redécouvert en 1995. Le cinéma expérimental, dont sont issus plusieurs cinéastes célèbres en Europe comme Chantal Akerman (Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles, 1975 ; les Rendez-Vous d'Anna, 1978), est cultivé en Belgique avec constance (Boris Lehman, Roland Lethem).

Pendant cette décennie, Marc Didden (Brussels by Night), Marion Hänsel (Dust), Jean-Jacques Andrien (Le Grand Paysage d'Alexis Droeven et Australia), Robbe De Hert (Zware Jongens), Patrick Van Antwerpen (Un joli petit coin et Vivement ce soir) et surtout Chantal Akerman (Toute une nuit et Golden Eighties) sont les réalisateurs qui donnent un nouveau souffle au cinéma belge de fiction conventionnel.

Avec l'avènement de Brussels by Night en 1983. Le film, sorte de version punk des Mouettes meurent au port, révèle au public une nouvelle génération de cinéastes, pétris de cinéma et de musique américaine, comme Wenders à la même époque. Ils s'appellent Marc Didden, Dominique Deruddere, Stijn Coninx...

À partir des années 1990, ce type de cinéma belge prend un essor et se voit récompensé : en 1991 le premier long métrage de Jaco Van Dormael, Toto le héros, séduit à la fois le public et la critique et fait l'objet de nombreuses distinctions internationales, dont la Caméra d'or à Cannes ; C'est arrivé près de chez vous en 1992 avec Benoît Poelvoorde, remporte le Prix du public également à Cannes ; Antonia (1995) de la Néerlandaise Marleen Gorris, est consacré meilleur film étranger aux Oscars ; Pascal Duquenne, Natacha Régnier, Émilie Dequenne et Olivier Gourmet sont couronnés d'une Palme d'Or, du meilleur acteur ou de la meilleure actrice à Cannes, respectivement en 1996, 1998, 1999 et en 2002. Symbole ultime : les frères réalisateurs Jean-Pierre et Luc Dardenne y emportent deux fois la palme d'or en 1999 avec Rosetta et 2005 avec L'Enfant. Relevons aussi Vincent Lannoo qui, avec Strass signe le premier film belge Dogme, mouvement lancé par le Danois Lars von Trier.

En 2006, pour surfer sur la vague de la bonne réputation des films belges, Luc Besson a produit Dikkenek, un « faux Poelvoorde, sans le goût, l'humour, la folie, sans le talent » selon La Libre Belgique[1]. De son côté la Communauté flamande encourage le cinéma académique (Daens de Stijn Coninx, Villa des roses de Frank Van Passel) ou les tentatives de rivaliser avec l'efficacité du divertissant cinéma américain (La Mémoire du tueur d' Erik Van Looy). Ces produits traversent avec difficulté la frontière linguistique.

La vivacité actuelle du cinéma documentaire, expérimental et de l'essai est masquée par le succès médiatisé de la fiction traditionnelle et le moindre soutien des pouvoirs publics, surtout au niveau de la distribution et de la promotion. En Wallonie, ces catégories, pourtant caractéristiques du cinéma belge, sont invisibles.

Notes
1 ↑ « Une blague belge avec un faux Poelvoorde et du vrai product placement » in La Libre Belgique
# Posté le lundi 12 février 2007 12:07
Modifié le mardi 18 décembre 2007 06:12

Le cinéma d'animation

Le cinéma d'animation
La tradition de la bande dessinée bien ancrée en Belgique trouve tout naturellement ses prolongements au cinéma. C'est ainsi que les studios Belvision, parmi les plus importants d'Europe, adaptent tour à tour les grands classiques (Tintin, Astérix, Lucky Luke ou les Schtroumpfs).

D'autres — tel le caricaturiste Picha — s'essaient au burlesque et à la dérision, d'abord avec Tarzoon, la honte de la jungle (1975), puis avec Le Chaînon manquant (1980), une parodie de la théorie de l'évolution. L'échec commercial de Big Bang (1987) est suivi d'un long silence cinématographique, et l'on attend aujourd'hui la sortie prochaine de son quatrième long métrage, Blanche-Neige, la suite.

Mais c'est surtout Raoul Servais qui renouvelle de manière significative les thèmes et les techniques graphiques. Des récompenses internationales ne tardent pas à couronner ce talent novateur, par exemple la Palme d'Or du court métrage à Cannes en 1979 pour Harpya, un petit film dans lequel un homme est terrorisé par une créature mi-femme mi-oiseau et qui associe habilement prises de vues réelles et animations bien avant l'ère numérique. Le réalisateur belge est d'ailleurs l'inventeur d'un procédé spécifique, la servaisgraphie[1]. En 1994, son seul long métrage à ce jour, Taxandria, fait un large usage des technologies numériques.

Notons également que plusieurs longs métrages d'animation à succès réalisés par des Français, tels que Kirikou et la sorcière ou Les Triplettes de Belleville, l'ont été en coproduction avec la Belgique.

La sortie du premier long métrage d'animation belge en 3D, Fly Me to the Moon, est annoncée pour fin 2007[2].

Notes
1 ↑ Raoul Servais, « De Harpya et de la servaisgraphie », Quand le cinéma d'animation rencontre le vivant (dossier réuni par Marcel Jean), Annecy, Les 400 coups Cinéma, 2006, p. 25.
2 ↑ Voir fiche TaxShelter
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# Posté le lundi 12 février 2007 16:17
Modifié le mardi 18 décembre 2007 06:22

Hippolyte De Kempeneer

Hippolyte De Kempeneer
Producteur et réalisateur, Hippolyte De Kempeneer, né à Anderlecht (Belgique) en 1876 et mort en 1944, était l'une des figures de proue de l'histoire du cinéma belge. Ancien négociant en boissons, il tourne en 1897, son premier reportage, Le roi Léopold II à l'Exposition de Tervueren (Koning Leopold II op de Tentoonstelling in Tervuren). Conscient de l'intérêt que les spectateurs belges commencent à porter à ces images plus proches de leur réalité, il lance un programme d'actualités cinématographiques, "La Semaine animée", qui sera diffusé chaque vendredi de 1912 à 1914. Les enjeux moraux et pédagogiques du cinéma — notamment des films documentaires — lui tiennent particulièrement à c½ur. En 1913 il fonde la Ligue du Cinéma Moral et en 1914, il ouvre le Cinéma des Familles, une petite salle dédiée aux documentaires, dans laquelle il organise des matinées scolaires. Poursuivant la mission dont il se sent investi, il crée pendant la guerre la Compagnie Belge des Films Instructifs.

Ses productions sont abondantes et variées. Parmi les sujets traités, on remarque une fête des fleurs, un concours hippique, une foire aux bestiaux, des visites officielles ou des funérailles de personnalités, ou encore des scènes de colonies de vacances. Une série de films patriotiques est également produite, par exemple La Belgique martyre (Het Gemartelde België) de Charles Tutelier en 1919 ou de nombreux films d'Armand Du Plessy. Certaines de ces pellicules ont malheureusement été perdues. Il a aussi produit des films de Fernand Wicheler avec Willy Maury et Gilberte Legrand.

En 1923, un incendie ravage son studio.

Comme réalisateur :

Belgique toujours (1941)
Arrivée du prince du Japon Hiro Hito (1921)
La Fête organisée par la ville de Bruxelles en l'honneur des combattants bruxellois, (1919)
Rentrée de la famille royale à Gand après l'armistice
Restaurants Bruxellois (1919)
Ravitaillement de la ville, arrivée des légumes (1918)
Bruxelles pendant l'occupation
Buanderie communale au Palais du Midi (1918)
Consultations de nourrissons et cantine maternelle, impasse des Allemands (1918)
Distribution de farine, Rue du Frontispice (1918)
Fabrication de couques scolaires à la Maison du Peuple (1918)
La Soupe communale à Bruxelles, (1918)
Cure d'air pour nourrissons à Boitsfort (Belgium: French title)
À la meunerie bruxelloise (Belgium: French title)
Colonie de jeunes filles chétives à Zellick
Magasins communaux. Porcherie à Lunapark et ferme d'élevage (1918)
Laiteries du comité national (1918)
Hangars du comité national au bassin Vergote, arrivée de bateaux, déchargement de graisses et de lard
Ravitaillement de la ville, distribution de beurre et moules aux Halles Centrales (1918)
Réfugiés français à Bruxelles, Les (1918)
Vente de la fleur de l'orphelin
Arrivée et séjour à Bruxelles des souverains danois
Concours hippique au cinquantenaire (1914)
Fête des fleurs de Jenny l'ouvrière, place de la Monnaie (1914)
Funérailles du bourgmestre Buls (1914)
Le Ministre de l'agriculture assiste à l'ouverture de l'exposition de la race bovine au Cinquantenaire,
Remise du drapeau aux boy-scouts au Cinquantenaire (1914)
Le Roi visite l'exposition d'agriculture au cinquantenaire, (1914)
Transformation de Bruxelles: Jonction Nord-Midi, premier pont du chemin de fer jeté au-dessus de la capitale, rue de Terre-Neuve (1914)

Bibliographie
Marianne Thys (sous la direction de), Belgian Cinema / Le Cinéma Belge / De Belgische film, Bruxelles, Cinémathèque royale de Belgique, Ludion/Flammarion, 1999, p. 62-63, 68, 89-91, 286 (ISBN 9055442348)
# Posté le mercredi 14 février 2007 13:30
Modifié le mardi 18 décembre 2007 06:24

Alfred Machin

Alfred Machin
Alfred Machin de son vrai nom Eugène Alfred Jean Baptiste Machin (né le 20 avril 1877 à Blendecques, mort le 16 juin 1929 à Nice) est l'un des rares cinéastes français dont les films ont manifesté des tendances progressistes avant la Première Guerre mondiale : Au ravissement des dames, le mélodrame raffiné Maudite soit la guerre... Après 1920, Alfred Machin se consacre notamment aux comédies animalières.

Biographie
Photographe de presse, Alfred Machin est recruté par la puissante firme Charles Pathé, qui l'envoie en Afrique à partir de 1907. Il en rapporte des scènes filmées de chasse, des courts-métrages d'aventures et animaliers, et est parmi les pionniers de l'image aérienne[1].

Il séjourne ensuite aux Pays-Bas pour y développer une industrie cinématographique locale, avant d'être envoyé en Belgique en 1912 comme directeur artistique de l'une des filiales de Pathé, Belge Cinéma Film. Charles Pathé confie à Alfred Machin, la mission d'exploiter le premier studio de films en Belgique. Le fonctionnement de la Belge-Cinéma/Film aura constitué un laboratoire incontestable de la stratégie internationale de cette entreprise cinématographique.[2]

C'est en 1912, à la chaussée de Gand, à Molenbeek-Saint-Jean, que prend naissance le cinéma belge. Plusieurs films de qualité dont La Fille de Delft mais aussi le pacifiste et prémonitoire Maudite soit la guerre (en couleurs peintes à la main) sont tournés dans l'environnement des studios du château du Karreveld. Alfred Machin commande l'exécution dans ce lieu d'un studio vitré, des ateliers, une infrastructure pour les artistes ainsi qu'un mini-jardin zoologique qui accueillent des animaux exotiques tels que des ours, des chameaux et des panthères[3]. Il utilise également Mimir la Panthère comme personnage dans plusieurs de ses films des années Karreveld.

Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, il est l'un des quatre opérateurs fondateur du Service cinématographique des Armées, et est reporter photographe pour la maison Pathé, sous traitant au service cinématographique de l'Armée française. On lui doit ainsi notamment les images de la bataille de Verdun. Il tourne également les images des tranchées françaises pour Les Coeurs du monde de D. W. Griffith[1].

Alfred Machin ouvre "Les Studios Machin" dans une énorme propriété proche de Nice en 1926[4] qui deviendra une grande entreprise familiale. En effet, il est l'époux de Germaine Lecuyer, avec qui il aura trois enfants. Elle interprète quelques rôles dans ses films. Un des fils, Claude Machin ou Cloclo (1921-1978) jouera également quelques rôles d'enfants dans les films de son père.[5].

Dans ce studio tout est réalisé par cette entreprise mis à part la fabrication de la pellicule, il est même équipé de sa propre centrale électrique fournissant quelque 8000 ampères.

Alfred Machin est également un dresseur d'animaux passionné, il adopte un chimpanzé du nom d'Auguste pour qui il voue une admiration pour son intelligence et lui apprend de multiples tours pour des besoins de films documentaires et ses comédies animalières. Il possède également une ménagerie et une très spacieuse volière au sein de son entreprise.

Alfred Machin est un cinéaste très prolifique et réalise plus de cent films jusqu'à sa mort. Pour Francis Lacassin[6], il a permis, par ses tentatives et innovations, une importante évolution du cinéma.

Il meurt en 1929 à Nice, après avoir achevé Robinson Junior.

Le cinéaste belge Eric de Kuyper est spécialiste de l'oeuvre de Machin.

Bibliographie
(en)(fr) Eric de Kuyper, Marianne Thys (introduction), Sabine Lenk (filmographie), Alfred Machin: cinéaste/film-maker, Bruxelles, Cinémathèque royale de Belgique, 1995, 272 p.[20]
(fr) Francis Lacassin, Alfred Machin : de la jungle à l'écran, Paris, Dreamland, 2001, 223 p. (ISBN 2-910027-71-6)
[21] (fr) Jacques Polet: Alfred Machin, pionnier du cinéma en Belgique, entre tradition et modernité (Revue belge de cinéma, nos 38-39, p. 55 à 72), 1995.

Sources et notes

Cet article est basé sur le travail personnel de l'auteur de ce blog...publié sous plusieurs identités ou IP sur Wikipedia...

1. ↑ 1,0 1,1 Machin, Alfred in Dictionnaire du cinéma - Les réalisateurs, Jean Tulard Robert Laffont, 1999
2. ↑ Les studios du Karreveld et La Belge-Cinéma/Film
3. ↑ Le Karreveld, notre lieu de spectacle
4. ↑ Visite à un réalisateur français pionnier du cinéma.
5. ↑ IMDb
6. ↑ Francis Lacassin, Alfred Machin, de la jungle à l'écran, Paris, Dreamland, 2001
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# Posté le jeudi 15 février 2007 15:06
Modifié le mardi 18 décembre 2007 06:24