Introduction

Introduction
Depuis 1896, la production cinématographie mondiale a traversé de multiples périodes, correspondant souvent à un genre précis, en phase également avec le contexte historique. Dès lors, revisiter ces pans entiers de l'histoire du cinéma apparaît comme une démarche pertinente, d'autant plus que bon nombre de ressorts des films actuels ne sont que des ersatz d'innovations apportées par des films d'antan. C'est aussi une manière de reconsidérer le film actuel et de favoriser la découverte de productions intelligentes, originales, et artisitiques - pouvant bénéficier de techniques remarquables, mais au service d'une mise en scène, et non le contraire.. (Anthony Bochon in Histoire du cinéma, blog de l'auteur). La cinématographie belge suit le même parcours.

Le cinéma belge commence seulement à se faire connaître, grâce à des distinctions, notamment au Festival de Cannes, alors qu'il a longtemps vécu dans l'ombre d'autres cinématographies, particulièrement celle de la France où nombre de réalisateurs et d'acteurs allaient poursuivre leur carrière.

En outre, la Belgique est un petit pays au coeur de l'Europe, au centre de deux cultures : latine et germanique, et aux trois langues nationales : le français, le néerlandais et l'allemand (minoritaire). Le cinéma belge se décline donc au pluriel[1], mais si quelques auteurs font le choix d'une étude différenciée de chaque aire linguistique[2], d'autres préfèrent mettre en avant ce qui les rapproche[3] : le patrimoine culturel, notamment la peinture – celle des grands maîtres tels que Bosch et Bruegel, ou plus près de nous celle de Paul Delvaux, Magritte, Félicien Rops ou James Ensor –, l'attachement aux racines rurales, ainsi qu'un goût marqué pour le fantastique et l'onirisme, voire le surréalisme, souvent associé au concept de belgitude en général.
Certaines catégories sont plus caractéristiques de ce cinéma que d'autres : le documentaire, auquel Henri Storck a donné ses lettres de noblesse, mais également l'essai formel (cinéma expérimental et avant-garde) et le film sur l'art.

Sources
1↑ Philip Mosley, universitaire américain d'origine britannique, a exploré cette interrogation identitaire, notamment dans Split Screen: Belgian Cinema and Cultural Identity
2↑ Voir par exemple Wikipédia : Histoire du cinéma wallon ou Regard sur le cinéma flamand par Pascal Sennequier
3↑ Jean-Loup Passek (sous la direction de), Dictionnaire du cinéma, Larousse, 1998, p. 67.

# Posté le dimanche 11 février 2007 20:58

Modifié le mardi 18 décembre 2007 06:29

Histoire du cinéma belge - La préhistoire du cinéma

Histoire du cinéma belge - La préhistoire du cinéma
Disque de Phénakistiscope

Dès 1797, le Liégeois Étienne-Gaspard Robert, dit Étienne Robertson, un abbé à la fois scientifique et artiste, met au point une sorte de lanterne magique appelée "Fantascope". Avec cet appareil permettant aux ombres projetées de changer de forme grâce à des embryons de mouvement, il présente des Fantasmagories qui font sensation.

En 1832, le physicien et mathématicien bruxellois Joseph Plateau, professeur à l'Université de Gand et spécialiste reconnu de la persistance rétinienne, conçoit le Phénakistiscope, prédécesseur du Zootrope. Le "joujou scientifique"1 de Plateau permet la synthèse d'un mouvement bref à partir d'une série de dessins disposés sur un disque percé de fentes. Certains de ces disques ont été décorés par le peintre belge Jean Baptiste Madou.

Sources
1↑ Cette expression fut employée par Charles Baudelaire dans un essai intitulé Morale du joujou (in Vincent Pinel, Le Siècle du cinéma, Bordas, 1997, p. 16-17).

# Posté le dimanche 11 février 2007 21:07

Modifié le mardi 18 décembre 2007 06:29

Le temps des pionniers

Le temps des pionniers
La première représentation publique de cinéma en Belgique a lieu le 1er mars 1896 à la Galerie du Roi, à Bruxelles (1), soit quelques semaines à peine après la séance historique des Frères Lumière à Paris le 25 décembre 1895, et avec un programme très semblable. De fait, une projection de La Sortie des usines Lumière avait déjà eu lieu en avant-première, dans un cercle restreint mais en présence de nombreuses personnalités, le 10 novembre 1895 à l'École Supérieure de l'Industrie de Bruxelles.

Les débuts de la production belge proprement dite sont dominés par deux personnalités, Hippolyte De Kempeneer et Alfred Machin, un Français originaire du Pas-de-Calais.

En 1897, De Kempeneer, un ancien négociant en boissons, tourne son premier reportage, Le roi Léopold II à l'Exposition de Tervueren (Koning Leopold II op de Tentoonstelling in Tervuren). Conscient de l'intérêt que les spectateurs belges commencent à porter à ces images plus proches de leur réalité, il lance un programme d'actualités cinématographiques, "La Semaine animée", qui sera diffusé chaque vendredi de 1912 à 1914. Les enjeux moraux et pédagogiques du cinéma — notamment des films documentaires — lui tiennent particulièrement à c½ur. En 1913 il fonde la Ligue du Cinéma Moral et en 1914, il ouvre le Cinéma des Familles, une petite salle dédiée aux documentaires, dans laquelle il organise des matinées scolaires. Poursuivant la mission dont il se sent investi, il crée pendant la guerre la Compagnie Belge des Films Instructifs.

Ses productions sont abondantes et variées. Parmi les sujets traités, on remarque une fête des fleurs, un concours hippique, une foire aux bestiaux, des visites officielles ou des funérailles de personnalités, ou encore des scènes de colonies de vacances. Une série de films patriotiques est également produite(2), par exemple La Belgique martyre (Het Gemartelde België) de Charles Tutelier en 1919. Nombre de ces pellicules ont malheureusement été perdues.

En 1921, cet homme d'affaires avisé construit également de vastes studios à Machelen, où des réalisateurs belges et étrangers viendront travailler, par exemple les Français Julien Duvivier et Jacques de Baroncelli.

Le cinéaste Alfred Machin

De son côté, le Français Alfred Machin, recruté par la puissante firme Charles Pathé, tourne d'abord des films animaliers en Afrique puis séjourne aux Pays-Bas pour y développer une industrie cinématographique locale, avant d'être envoyé en Belgique en 1912 comme directeur artistique de l'une des filiales de Pathé, Belge Cinéma Film.

Des films de fiction commencent à être produits et L'Histoire de Minna Claessens (De legende van Minna Claessens) (1912) est considéré comme le premier long métrage du cinéma belge7. La pellicule de ce mélodrame a été perdue, il n'en subsiste que le scénario, conservé à la Bibliothèque nationale de France.

Toujours en 1912, la firme Pathé investit le domaine du velodrôme du Karreveld dans la banlieue bruxelloise de Molenbeek-Saint-Jean et Machin supervise alors son réaménagement. C'est là qu'il tournera les scènes d'intérieur de ses films belges.

Maudite soit la guerre (Vervloekt zij den oorlog), oeuvre résolument pacifiste et prémonitoire sortie en juin 1914, constitue le sommet d'une carrière riche d'environ 150 titres. Certains de ces films sont conservés à la Cinémathèque royale de Belgique, à Bruxelles.

Notes
1↑ Source principale de cette partie : Collectif, Le Cinéma belge, Cinémathèque Royale, Ludion/Flammarion, 1999, p. 31, 62, 71, 85.
2↑ Voir article de Leen Engelen, « History on Film ? What Belgian Fiction Films (1918-1924) Tell Us About the Great War and Its Aftermath ». [1]

# Posté le dimanche 11 février 2007 21:19

Modifié le mardi 18 décembre 2007 06:29

L'entre-deux-guerres

L'entre-deux-guerres
En marge des fictions ou du reportage d'actualité[1], on voit apparaître après la Grande Guerre de petits films à caractère ethnologique, précurseurs de la future école documentaire belge, plutôt destinés aux spécialistes qu'au grand public. En effet, grâce au cinéma, on peut désormais enregistrer les traces des arts et traditions populaires, et les méticuleux collectionneurs de documents et d'objets, tel Joseph-Maurice Remouchamps, trouvent là un allié de choix. André Simon tourne ainsi des scènes telles que Le Tressage de la paille dans la vallée du Geer, Exploitation d'une carrière ou La Décapitation de l'oie.

La démarche que certains entreprennent en Wallonie est aussi celle du marquis Robert de Wavrin qui explore inlassablement le continent sud-américain, d'où, à la manière d'un Robert Flaherty, il rapporte une série de témoignages sur des cultures aujourd'hui disparues. Le plus connu de ses courts métrages est Au c½ur de l'Amérique du Sud (1924). Quant à Ernest Genval, c'est au Congo belge, où il avait déjà séjourné, qu'il part tourner une série de petits films pour le compte d'entreprises coloniales. Son long documentaire Le Congo qui s'éveille (1927) serait ainsi « un hymne aux réalisations civilisatrices, technico-industrielles et médicales de la Belgique dans la colonie ».[2]

De leur côté les scientifiques, et notamment les médecins, dans la lignée du physiologiste Étienne-Jules Marey, entrevoient d'autres applications du cinéma. Antoine Castille filme nombre de cas pathologiques et, grâce à lui, le neuropsychiatre Ovide Decroly, formé à l'Université de Gand, met la pellicule au service de ses études sur la psychologie génétique : le pédagogue peut ainsi observer le comportement des enfants au fil des ans. Ces films datent de 1923 ou de 1932 avec le professeur Léon Laruelle (1876-1960) (par exemple Hémorragie cérébrale ou Procédés de sensibilisation du système nerveux ou Encéphalo-myélite subaiguë).[2]

Par ailleurs, Castille se lance dans une vaste entreprise d'ethnologie intérieure en filmant les fêtes de Belgique. Aussi, il enregistre les gestes du travail traditionnel. Ses films sont des documents anthropologiques sur une époque révolue.

À la fin des années 1920, juste avant l'avènement du parlant, deux cinéastes belges d'envergure se font connaître : Charles Dekeukeleire pour ses films d'avant-garde et Henri Storck pour ses essais documentaires sur Ostende.

Dekeukeleire se passionne très tôt pour le cinéma et ses maîtres ont pour noms Germaine Dulac, Jean Epstein, Marcel L'Herbier, Louis Delluc, mais aussi Dziga Vertov. Très construit, son court métrage Combat de boxe (1927), réalisé dans des conditions très précaires mais avec de vrais boxeurs, utilise avec virtuosité toutes les ressources de ce nouveau langage. Cinéphile averti, il puise aussi son inspiration du côté des plasticiens tels que Man Ray, Fernand Léger ou Marcel Duchamp. Il poursuit ses recherches formelles avec Impatience et Histoire de détective (1929), puis tourne nombre de documentaires jusque dans les années 1950.

Misère au Borinage de Joris Ivens et Henri Storck

Si le nom de Dekeukeleire semble moins familier aujourd'hui, en revanche celui d'Henri Storck reste associé durablement à l'école documentaire belge, un peu à la manière d'un John Grierson dans le cas du mouvement britannique. L'un de ses premiers courts métrages, Images d'Ostende (1929-1930), en hommage à sa ville natale, peut être perçu comme « un choc poétique et cinétique, sans fiction ni son, qui dégage le cinéma de son obligation narrative pour le rendre au monde des sensations que lui seul peut porter ». Mais ce sont surtout Misère au Borinage (1933), film muet, compassionnel et engagé, tourné avec Joris Ivens, puis la fresque Symphonie paysanne (Boerensymfonie) tournée de 1942 à 1944 qui caractérisent ce regard si particulier sur le monde. Un regard généreux, mais peut-être pas toujours totalement innocent, si l'on en croit quelques témoignages et des preuves écrites sur les positions de Storck durant l'Occupation. Ce point reste sans doute sujet à polémique, alors que le talent du cinéaste semble rarement contesté.

À cette école documentaire qui marque toute l'histoire du cinéma belge, on peut associer d'autres noms, par exemple ceux d'André Cauvin et de Gérard De Boe. Tous deux tournent de nombreux films au Congo, plus sensibles et plus nuancés que les premiers courts métrages coloniaux, et quelques-uns de leurs titres ont fait date, tels L'Équateur aux cent visages (1948) de Cauvin et Étonnante Afrique ou Katanga pays du cuivre que De Boe tourna en 1956.

Parallèlement, deux cinéastes d'un seul film réalisent des ½uvres d'avant-garde, souvent rattachées au surréalisme[3]. En 1929, le comte Henri d'Ursel, né à Bruxelles, tourne à Paris, un peu à la manière de Louis Feuillade, La Perle, d'après le scénario du poète Georges Hugnet, une histoire à multiples rebondissements non dépourvue d'érotisme.

Un peu plus tard, Ernst Moerman, poète et ami d'Éluard, également fasciné par les films à épisodes de Feuillade, propose une vision onirique et subversive du redoutable héros de Pierre Souvestre et Marcel Allain, avec Monsieur Fantômas, un moyen métrage muet dont la première a lieu au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles le 12 octobre 1937, alors qu'on y projette également Un chien andalou.

Dans l'intervalle pourtant le son a fait son apparition et ses techniques évoluent rapidement. Le premier long métrage belge utilisant le son optique, Le Plus Joli Rêve (1931), est l'½uvre du Bruxellois Gaston Schoukens, déjà connu pour Monsieur mon chauffeur en 1926 et qui sera pendant près de trente ans la figure de proue du cinéma populaire. De fait il aborde un peu tous les genres, le documentaire (Le Football belge, 1922), le film d'art (Nos peintres, 1926), le mélodrame (Tu ne sauras jamais, 1927), le drame patriotique (Les Croix de l'Yser, 1938) ou les comédies débridées, telles En avant la musique (1935) ou Bossemans et Coppenolle (1938).

Quant au Flamand Jan Vanderheyden, sa notoriété repose principalement sur son premier film, le mélodrame qu'il réalise, assisté par son acteur Willem Benoy, Filasse (De Witte, 1934), l'adaptation d'un roman picaresque d'Ernest Claes, une histoire que l'on peut rapprocher de celle de Poil de carotte.

Notons que la Cinémathèque royale de Belgique est fondée pendant cette période faste, en 1938, notamment grâce à Henri Storck, et que le Festival du film expérimental de Knokke-le-Zoute est créé en 1949.

Notes
1 ↑ Sauf indications contraires, Le Cinéma belge, op. cit., constitue la source principale de cette partie.
2 ↑ Fiche de Léon Laruelle sur IMDb
3 ↑ Article d'Olivier Smolders, « Cinéma et surréalisme en Belgique »
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# Posté le lundi 12 février 2007 06:03

Modifié le mardi 18 décembre 2007 06:29

Les années 1950

La tradition documentaire se poursuit pendant cette décennie, mais une nouvelle génération de cinéastes apparaît.

Le film de fiction belge prend de l'importance après la Seconde Guerre mondiale. Émile-Georges De Meyst, revenu de Paris en 1936 pour tourner la Mort, réalise en 1944 et 1945 trois films patriotiques qui remportent un grand succès : Soldats sans uniformes, Baraque N°1 et Forçats d'honneur. Le paysage cinématographique belge est alors constitué de figures telles que Gaston Ariën en Flandre, René Piccolo en Wallonie, le Bruxellois Paul Flon, Henri Storck (le Banquet des fraudeurs, 1952) ou encore Gaston Schoukens, qui remporte un succès considérable avec Un soir de joie (1955).

Le film de fiction le plus marquant de cette époque est Les mouettes meurent au port (1955), coréalisé par trois jeunes cinéastes d'Anvers, Rik Kuypers, Ivo Michiels et Roland Verhavert. L'utilisation du noir et blanc, les décors urbains, les errances sans espoir d'un héros tourmenté et les tensions d'un canevas policier peuvent sans doute se rattacher à une esthétique expressionniste, mais on[1] évoque aussi à son propos quelques films européens (Le Troisième Homme, Jeux interdits) ou américains (Sur les quais) plus proches dans le temps.

À la fin des années 1950, Paul Meyer réalise Klinkaart et déjà s'envole la fleur maigre, des fictions sociales, aux limites du documentaire, influencées par le néoréalisme.

Avec Rubens, réalisé avec Storck en 1948, l'historien de la peinture Paul Haesaerts renouvelle le film d'art en mettant au service de l'étude comparative les mouvements de caméra, les animations et la fragmentation de l'écran, tout en conservant le foisonnement et la sensualité du peintre. Pendant les années 1950 il tourne une série de films pour la télévision.

Ethnologue érudit, Luc de Heusch tourne en 1951, sous un nom d'emprunt, dans une maison abandonnée d'Anderlecht, le seul film du mouvement CoBrA : le court métrage expérimental Perséphone. Il part ensuite en mission scientifique au Congo d'où il rapporte deux oeuvres, un petit film en couleurs, Ruanda, tableaux d'une féodalité pastorale, et surtout Fête chez les Hamba (1955), un long métrage en noir et blanc qui a nécessité de sa part une véritable initiation au sein de cette tribu. Dès lors Luc de Heusch deviendra — comme Henri Storck et, dans une moindre mesure, Charles Dekeukeleire — un cinéaste documentariste ethnologue presque officiel. On évoque souvent à son sujet Flaherty, et surtout son contemporain Jean Rouch.

Lucien Deroisy et Émile Degelin réalisent leur premier long métrage de fiction pendant cette période, le premier avec une adaptation des Gommes, le roman de Robbe-Grillet (1959) et le second avec Si le vent te fait peur (1960), un sujet audacieux pour l'époque (la tentation de l'inceste entre un frère et une soeur), pas si éloigné de la Nouvelle Vague française, un film auquel le Festival de Cannes décerne une mention d'honneur. Comme dans d'autres pays, une page du cinéma national est sur le point de se tourner.

Notes
1 ↑ Article d'Olivier Smolders, « Cinéma et surréalisme en Belgique »

# Posté le lundi 12 février 2007 07:44

Modifié le mardi 18 décembre 2007 06:29